Fanzine

Machines à écrire

Une machine à écrire, c’est un peu comme si vous installiez sur votre ordinateur un éditeur de texte immersif, un texte dans une police de caractère basique, le tout en plein écran. L’avantage de la machine à écrire c’est qu’il est inutile de s’équiper d’une imprimante : ça fait ça aussi !

Vous êtes convaincus ? pas encore ?
Bon, voilà encore d’autres arguments : une bonne machine à écrire, ça se trouve dans les vides greniers, sur les sites de vente d’occasion pour moins de 100€. Juste un petit graissage, la mécanique peut venir des années 30, pas de soucis : c’est conçu pour durer plusieurs vies humaines.

Utiliser le papier c’est pas écologique ? Discutons dans ce cas du coût écologique et social des outils numériques lors de leur fabrication, de leur usage (le Cloud, la haute disponibilité, les data centers, les batteries...) et lors de leur destruction, le tout la plupart du temps en Chine, en Inde, en Afrique et subi par des enfants ?

Bon ! ces machines s’obstinent, elle sont encore là, elles survivent aux méfaits du temps et elles ont le malheur de n’avoir pas étés conçues pour 2 ans, comme votre smartphone. Servons-nous en !

Maintenant, on respire un bon coups parce que ça bégaye pas mal au début ! En effet, si vous n’en avez jamais utilisé, il faut dompter le petit coup sec mais pas trop fort, bien à la verticale des touches. Un petit staccato pour les pianistes. Ensuite stupeur : pas de 0, pas de 1 ou pire : pas de ! Pas de panique, le zéro est en général remplacé par un O majuscule, le 1 par le petit l (comme lulu) et le point d’exclamation ? archi simple : c’est une apostrophe associée à un point en prenant garde de faire un retour arrière ! Trivial :)

Soit dit en passant, ça fait très postmoderne de parsemer son texte de smiley ;)

Ensuite, où se trouve la touche de retour à la ligne ? Là, encore une surprise, il n’y en a pas mais si on sais qu’il s’agit aussi d’un "retour charriot", l’expression prend tout son sens : Une fois que sonne la petite cloche de fin de ligne qui prévient qu’il reste de la place que pour quelques caractères, il vous faudra actionner le levier mécanique, la protubérance à la main gauche et envoyer le charriot vigoureusement vers la droite et jusqu’au bout, au risque de ne pas actionner le saut de ligne.

Quelques paragraphes suffisent pour se faire la main et comprendre aussi qu’il sera impossible (sauf cas de force majeur) d’effacer ses erreurs. Au mieux, on revient en arrière et on passe par dessus ou on raye avec le trait du 6 :)

Vitesse de croisière. On commence à être grisé par le son de la cloche de fin de ligne, le tactactac... qui galvanise, et on écrit, on écrit des choses triviales jusqu’à ce qu’elles se transforment en "journal de bord" puis en "journal intime" ou en lettre pour un ou une amie, envoyée biensur par la poste, dans une belle enveloppe et avec de beaux timbres.

Enfin, si vous êtes compulsif et tellement pressé de ne pas vouloir prendre le temps de changer de page, vous pouvez faire comme Jack Kerouac et caler derrière votre machine un bon vieux rouleau de papier pour écrire des kilomètres ou des miles selon le voyage.

Un fanzine !

Ça fait une paye que je souhaitais commencer un fanzine ou une sorte de "gazette" en rapport avec notre travail à usinette. Le site web c’est bien mais dans la rue, l’idéal c’est du tangible, un truc à donner en main propre à quelqu’un tout en en discutant. Les militants diffusant des tracts vous le diront : rien de tel pour amorcer une discussion qu’un petit texte concis et lisible.

Les choses n’arrivant jamais par hasard (ok, le destin n’existe pas), un camarde de la CGT m’offre une machine étonnante qui dormait dans sa cave après une intense carrière.

Une RISOgraph TR1510

La bête pèse 64Kg soit un kilo de moin que moi !
Ça sert à faire très rapidement des reproduction de documents. Ça ressemble à une photocopieuse mais c’est un tout autre procédé.

L’encre est sous forme visqueuse et conditionnée en petites bouteilles. La machine contient un cylindre rotatif encreur qui va mettre en contact un "master" avec les feuilles de papier vièrges. Ce "master", vous le créez à l’aide du scanner de document en haut de la machine. Ça insole une fine feuille de papier de riz qui va se retrouver finement percée là où le document est dense. C’est un peu comme un procédé de sérigraphie automatisée.

Dès que vous voulez changer de couleur, il faut placer dans le corps de la machine un autre cylindre avec sa couleur spécifique.

Tout le charme de ce dispositif c’est le risque de ne pas avoir les couleurs bien alignées, puisqu’il faut faire repasser le papier à plusieurs reprise dans la machine.

Allez faire un tour sur le site de MaisonRiso. C’est un atelier qui s’est spécialisé dans cette technologie et leur site est très pédagogique.

Pour en revenir à ce projet de fanzine, après avoir restauré cette TR1510, quelques tuyaux percés, petit nettoyage du scan et des rouleaux, me voilà capable de reproduire un document A4 à la vitesse record de 130 pages par minute !

Autant vous dire que rapidement, me voilà en possession d’une maquette pour un fanzine constitué d’une page A4 pliées en deux pour former un A5 de 4 pages.
Texte dactylographié, photos collées, c’est parti pour un premier tirage du numéro zéro des "nouvelles de nulle part" d’Usinette.org en 300 exemplaires :)

Les 200 premiers ont étés distribués lors du festival Faire Hacker le wee-kend dernier. C’est un outil de communication accessible, peu coûteux et très efficace !


Les "nouvelles de nulle part", dès son numéro un sera participatif, un peu à la manière du "Whole Earth Catalog" : emparez-vous de votre machine à écrire ou, dans le pire des cas, de votre smartphone. Envoyez-nous par voies postales, par email vos retours d’expériences sur vos projets, vos fiches de lecture, vos notices, tout ce qui vous semble être utile à toutes et tous en 2018.

Notre email pour envoyer vos propositions d’articles ou pour avoir notre adresse postale : contact usinette.org





mardi 16 octobre 2018, par Alexandre Korber